Des réseaux et des femmes

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Echanger des cartes de visite, des informations ou des expériences professionnelles à l’heure u déjeuner, c’est tendance. Les réseaux, particulièrement féminins, poussent comme des champignons. Plus qu’une mode, une nécessité. Rencontres.

De tout temps, avec l’armée, le football ou le golf, les hommes ont des lieux où ils se rencontrent pour parler travail. Les femmes, dès qu’elles ont des enfants, ne parlent plus que d’enfants… « Les réseaux, c’est ce qui manquait aux femmes. » Pour Nuria Baena Bitter, les Business and Professional Women (BPW) ont été un moteur dans la création de son entreprise de blanchisserie et pressing à domicile, la Corbeille magique. Dans ce réseau, la Neauchâteloise a rencontré d’autres femmes qui l’ont coachée, aiguillée, soutenue dans son projet « et qui n’avaient pas peur qu’on leur fasse de l’ombre ».

Copropriétaire du magasin Terre et Mère à Chavornay, Tamara Janser a quant à elle trouvé chez les Mampreneurs des contacts et un grand soutien lorsqu’elle s’est lancée en indépendante tout en étant mère de famille : « C’est un riche partage d’expérience ».

Tu réseautes ou tu meurs ! S’il est une pratique incontournable aujourd’hui pour avancer professionnellement, c’est bien celle-là : faire partie d’un réseau, l’entretenir, l’utiliser. On ne parle pas ici des virtuels Facebook ou Linkedin, mais de réseaux de relations humaines réelles. Et ce, d’autant plus pour les femmes, dont les CV accusent souvent les réductions de temps de travail ou des coupures de carrière avec la maternité.

Pour Geneviève Morand, initiatrice de Rezonance, le premier réseau social professionnel en Suisse romande, et des Cellules d’entraide pour femmes (CE), si les cadres féminins sont si rares, c’est qu’elles manquent principalement de crèches au travail et de réseaux, justement. « Or, aujourd’hui encore plus qu’hier, on ne fait rien seul. Il faut avoir vu une personne au minimum cinq fois avant de pouvoir commencer avec elle un projet ou une affaire ».

Ce n’est donc pas par hasard si ces dernières années les réseaux destinés à la gent féminine remportent de plus en plus de succès : le début de l’année 2011 a ainsi vu naître à Lausanne les Mampreneurs ou l’Association Suisse des mamans entrepreneurs. La fin de l’année, c’est à Fribourg que s’est constitué le Club Entrepreneuses aussi appelé Association Suisse des femmes entrepreneuses. Sans compter la dizaine d’autres réseaux établis qui accueillent ici les femmes cadres et d’affaires, là les diplômés des universités.

Chacun possède ses spécificités. Tous proposent des moments de réseautages purs, c’est-à-dire l’échange de cartes de visite au cours d’un déjeuner, d’un cocktail ou d’une conférence autour d’un thème spécifique au monde du travail et des possibilités de courts formations dans des domaines pratiques tels que la gestion du temps ou la création de sites internet.

« Connaître quelqu’un qui… ? »

Véritable laboratoire où l’on peut expérimenter la relation, selon les termes de Geneviève Morand, les réseaux fonctionnent sur la base d’une phrase-clé : « Connaîtrais-tu quelqu’un qui… ? ». La monnaie d’échange, c’est l’information. Pour y trouver quoi ? Du travail, des clients, des compétences, des solutions ? Un peu tout à la fois.

« Les 75% des emplois ne passe pas dans la presse. Le meilleur moyen de trouver du travail, c’est par un réseau ». Codirectrice d’Espacefemmes, à Fribourg, Sophie Truffer Bel accompagne et conseille les femmes en réorientation professionnelle et changement de carrière.

« On dit qu’être entrepreneur, c’est apprendre une vingtaine de métiers, de la gestion du stock à la comptabilité, de la publicité à l’administration. Chacune de nous passe des étapes et raconte aux autres quelles solution elle a trouvées », explique Katell Bosser, fondatrice des Mampreneurs Suisse et de son agence de communication à Laussane.

Et le fait de se retrouver entre femmes révèle l’importance d’un endroit protéger pour échanger. « Vous connaissez beaucoup de femmes cadres ou membres de conseils d’administration ? » interpelle Nicole Decker, présidente du BPW Neuchâtel. « On doit se soutenir et tout faire pour que les femmes bien formées puissent atteindre les postes ç responsabilité. Le réseau nous permet aussi de conforter nos choix ». Parce qu’il porte aussi d’énormes enjeux en matière de confiance en soi. « Quand une femme doit répondre à une offre d’emploi, elle attend de correspondre à 80% des cirtères pour postuler. Un homme, 60% au maximum », souligne Nicole Decker.

« Le réseau nous soutient dans notre conviction que nous aussi nous sommes capables », complète Sophie Truffer Bel. « A chaque réunion, c’est comme si on me disait que c’est extra ce que je fais. J’en ressors avec un regain d’énergie », fait écho Tamara Janser.

Les biens nommés Cellules d’entraide

Au-delà des retombées purement intéressées, les réseaux font vivre une autre dimension : celle de l’entraide. « Si le réseau s’apprend, l’entraide se vit dans des cercles intimes, confidentiels » pour Geneviève Morand. Et c’est justement ce qui se développe dans les bien nommées Cellules d’entraide (CE). Ces mini-réseaux de femmes, toujours les mêmes, se retrouvent chaque mois pour échanger sur leurs problématiques. « Il y a une vraie demande », reconnait Jasmine Richardet, coordinatrice. Et une liste d’attente pour les candidates.

Faire partie d’un réseau de femmes ne dispense pas pour autant d’entrer dans des groupes mixtes. Nuria Baener Bitter est convaincue qu’il faut se faire soutenir par les hommes aussi. « Ils sont quand même 90 à 95% des dirigeants : sans eux, on ne peut pas y arriver ».

Moralité, il faut que chaque femme trouve le réseau dont elle a besoin. Mais attention à ne pas les utiliser comme de vulgaires biens de consommation. « Si on est dans un réseau uniquement pour prendre, les gens vont s’en apercevoir et vous éjecter », met en garde Geneviève Morand. Le réseau nous fait redécouvrir la dimension du lien : c’est le nouveau continent à explorer ».

« Aujourd’hui encore plus qu’hier, on ne fait plus rien tout seul ».

MigrosMagazine.ch.

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