Katell s’est mise à son compte à la naissance de son premier enfant. Dans la foulée, elle a fondé l’association suisse des mampreneurs.

Lorsque j’ai annoncé ma grossesse à mon patron, sa réponse n’a pas tardé: j’ai reçu ma lettre de licenciement. J’étais alors rédactrice en chef d’un magazine d’architecture. Le choc passé, je lui ai expliqué qu’il n’était pas en droit d’agir ainsi avant un certain délai. Il a donc revu sa décision en se justifiant: «Comprenez-moi, votre petit sera parfois malade, il aura des rhumes. Vous ne pourrez plus vous consacrer à 120% à vos tâches, comme actuellement.» Ma fille est née en 2008. Après le congé maternité, ma décision était prise et j’ai ouvert ma propre agence de rédaction. Pour la faire connaître, j’allais réseauter un peu partout, parfois avec ma petite dans la poussette. Je me rappelle d’un jour où, en marge d’une conférence dédiée aux entrepreneurs, on m’a demandé si je venais chercher mon mari.

Pour ma part, je gérais la situation

Mais même dans mon entourage, certains ne me prenaient pas au sérieux, considérant mes activités comme un hobby. Mon enfant, là au milieu , faussait mon image d’entrepreneure. J’ai persévéré jusqu’à découvrir «Le printemps des Mampreneurs» – contraction des mots «maman et entrepreneur» – à Paris. L’événement regroupait quelque 300 mères venues de toute la France. Il y avait des enfants, une garderie, des poussettes, des femmes qui allaitaient. Et toutes parlaient business plan, marge, retour sur investissement… J’avais enfin la preuve qu’être maman n’était pas incompatible avec l’entrepreneuriat. Bien sûr, c’est un choix inattendu, mais pas impossible. Pourquoi serions-nous moins compétentes après avoir donné la vie? Nous avons accouché d’un bébé, pas de notre cerveau!

Mais vues de l’extérieur, les «mampreneurs» restent des ovnis, car on ne sait pas dans quelle case les ranger. Un entrepreneur est perçu comme quelqu’un de débordé, entièrement au service de son entreprise, alors qu’une mère sera douce, dévolue à son enfant et… en manque de sommeil. Lorsqu’on associe les deux images, les gens perdent leurs repères et concluent inconsciemment que la «mampreneurs» est, soit une mauvaise entrepreneure, soit une mauvaise mère. De ce côté, j’ai l’impression qu’elles encouragent plutôt leurs enfants à être autonomes, car elles ne font pas tout à leur place. Ma fille de 8 ans sait faire une lessive seule et en est fière. Et puis, nous bénéficions d’une certaine souplesse en termes d’organisation. Si notre enfant est malade, ou que l’école prévoit une sortie accompagnée, nous pouvons aménager nos horaires plus facilement que les salariées.

Des compétences mises en commun

L’Association suisse des mamans entrepreneures a vu le jour en 2011. C’est un espace où on échange des conseils et consolide nos stratégies professionnelles. Entourées, nous sommes plus fortes, car l’expérience des unes permet aux autres d’éviter certains pièges et de prévenir les difficultés. Dans le cadre d’ateliers ou de nos réunions appelées «mamcafés», nous mettons en commun nos compétences. Je me souviens d’une coach en pose de voix qui donnait ses formations pour parler en public en anglais. Elle souhaitait élargir son offre avec des leçons en français, mais ne savait pas si son niveau de maîtrise de la langue était suffisant. En échange de notre avis, elle nous a fait bénéficier de son expertise.

En tant qu’entrepreneures, nous exerçons non seulement notre métier, mais nous devons en pratiquer une vingtaine d’autres: de la comptabilité, au management d’équipe, en passant par le marketing ou la communication. Lorsqu’une de nos membres a une question spécifique, une autre, ayant déjà vécu une situation similaire, peut lui répondre ou lui indiquer où s’adresser. Elle gagne ainsi un temps précieux. L’association compte aujourd’hui quatre antennes en Suisse romande et une au Tessin. Elle regroupe environ 150 membres actives, qui exercent dans des métiers très différents: fiduciaire, graphiste, électricienne, sellière, assistante administrative, spécialiste en marketing digital, e-commerçante, etc. Nous avons créé un réseau d’une richesse inestimable.

Se concentrer sur une tâche à la fois

Le burnout professionnel et maternel est le principal risque qui guette les «mampreneurs». C’est pourquoi notre association les encourage à faire du sport. Nous organisons également des week-ends de détente afin d’évacuer le stress. Personnellement, j’ai fait l’erreur de travailler trop pour tout mener de front, les dimanches, la nuit… Une des clés de la réussite, c’est de ne faire qu’une chose à la fois et de cloisonner. La dispersion, c’est l’échec assuré. Il est donc important de distinguer les plages dédiées au travail des moments passés en famille.

Bien sûr, tout le monde n’est pas fait pour l’entrepreneuriat. Pour se lancer, il faut une bonne dose d’audace et posséder une grande tolérance face au risque. Et il est également capital de savoir rassembler une équipe. Souvent, on imagine la «mampreneur» seule à la tête de son business. Mais nous ne sommes pas des superwomen! Nous avons des assistantes, des femmes de ménage, des nounous, des sous-traitants qui sont de précieux partenaires. Et nos activités génèrent des emplois. Il n’y a pas de chiffres officiels concernant les «mampreneurs» en particulier, pourtant leur impact économique mériterait qu’on s’y intéresse. En 2012, notre association avait été invitée en Grèce. Pour sortir de la crise, le pays voulait encourager les mères à lancer leur business. Des mamans entrepreneures venues de toute l’Europe avaient été conviées pour témoigner: une belle initiative!

Aujourd’hui, à côté de mon activité à l’agence de rédaction, j’écris un livre et j’ai créé une deuxième entreprise dans l’événementiel. Je m’occupe aussi de ma fille et de mon garçon, né il y a cinq ans. Et je sais désormais que c’est mon aînée qui m’a donné la confiance nécessaire pour me lancer. Lorsqu’on l’a mise dans mes bras à la maternité, je me suis dit: «Si je peux mettre au monde un enfant, je peux tout faire.» Elle m’a permis d’oser, simplement.

Publié le 5 Juin 2017 par Valeria Aloise
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